Bientôt viendra le temps : l’absurdité à l’état brut

Rebekka passe ses journées à regarder fixement le mur de son salon. Elle attend un changement dans sa vie qui n’arrive jamais. Son mari, Hilbert, est de plus en plus excédé par son inaction. Au bord de la séparation, l’arrivée d’un couple d’amis fait basculer leur quotidien…  

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© Marie-Claude Hamel

Rebekka et Hilbert ont bien dû s’aimer un jour, seulement leurs sentiments ont laissé place à l’indifférence. Leur couple est à la dérive, chacune de leur discussion virant désormais à la confrontation. Mais personne n’a assez de courage pour partir. Dans leur maison, Rebekka reste seule sans rien faire de ses journées. Hilbert ne supporte plus la léthargie de sa femme et méprise tout ce qu’ils ont construit ensemble.

Catherine Proulx-Lemay incarne bien cette épouse désoeuvrée et apathique qui se déconnecte de la réalité pour fuir la monotonie ambiante. Pierre-François Legendre est aussi crédible dans son rôle de mari cynique et blasé confronté à l’échec de son mariage.

La pièce pourrait tourner au drame si tout n’était pas sans dessus-dessous. Dans Bientôt viendra le temps, la crise conjugale est enfermée dans une distorsion où présent, passé et futur se confondent. La mémoire des personnages brouille la logique des évènements dont il est souvent difficile de suivre le fil. Et à partir de là, l’absurde prend tout l’espace.

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© Marie-Claude Hamel

L’entrée en scène de John, l’ex-mari de Rebekka nous projette dans une autre dimension. Ce pêcheur déboussolé cherche désespérément un lac qui a mystérieusement disparu. Il a fui sa conjointe Ingrid atteinte de stérilité.

Daniel Parent campe un personnage désopilant qui ne semble à l’aise nulle part, surtout pas au contact des autres. Quant à Caroline Bouchard, sa culpabilité la ronge peu à peu et la rend attachante.

Le mélange des deux couples est d’ailleurs corrosif. Ensemble, ils divaguent, perdent leurs repères et se retrouvent dans des situations extravagantes. L’engagement d’une gouvernante n’est pas prêt d’arranger les choses, car Oda est la rigidité incarnée. Ann-Catherine Choquette brille dans ce rôle de vieille fille froide au regard inquiétant. 

Le spectateur est sans cesse déstabilisé par cette folie douce qui contamine la plupart des séquences. C’est le cas notamment du personnage de Pauv’chérie dont Adèle Reinhardt nous réserve quelques surprises. Et même si on se demande comment tout cela peut finir, la pièce est très divertissante.

Sous son apparente légèreté, Bientôt viendra le temps propose une réflexion sur l’usure du couple et la perte des illusions. Certes, la pièce prête à rire, seulement elle évoque aussi la solitude, le vide affectif et la fuite du temps. Des sujets qui, au fond, nous ressemblent et ne sont pas si éloignés de notre réalité.

Bientôt viendra le temps
Théâtre Espace GO jusqu’au 12 décembre
TEXTE Line Knutzon
TRADUCTION Catherine Lise Dubost

MISE EN SCÈNE Luce Pelletier
Avec Caroline Bouchard, Ann-Catherine Choquette, Pierre-François Legendre, Daniel Parent, Catherine Proulx-Lemay et Adèle Reinhardt

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Passionné, contemplatif, curieux, je suis avide de découvertes et de partage. Dans la rubrique Culture, je vous parle de diversité. Littérature, théâtre, concert ou encore cinéma, les moyens ne manquent pas pour interagir et vous donner le goût de sortir.