Critique – Variations sur un temps

 

5 pièces, 6 joueurs et autant de situations cocasses sur un même espace. Des séquences qui redéfinissent notre perception au temps en multipliant les distorsions, retours en arrière et autres arrêts sur image. Une pièce où présent, passé et futur se confondent dans un joyeux désordre.

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Place au JEU ! À une course contre la montre où chaque seconde s’égrène sur un cadran numérique. Où l’absurde envahit la scène. Ici, tout est fait pour nous divertir sans se prendre au sérieux.

Variation sur un temps est un ovni théâtral composé de cinq saynètes qui nous propulsent dans des univers totalement déjantés. En voilà un aperçu :

Dans « Mini-putt ou l’art de la fugue », un pseudo Don Juan drague, avec plus ou moins de brio, une femme différente à trois périodes de sa vie. Mais si les conquêtes changent, la technique de séduction, elle, reste identique. Cela crée un effet d’échos amusant au cours duquel chaque plan renforce l’imposture de ce bonimenteur.

Dans « C’est sûr », un homme et une femme se rencontrent dans un café. Leur rendez-vous est une succession de faux pas qui les oblige à reprendre leurs phrases à chaque coup de buzzer. Cet échange hilarant joue sur les malaises et les maladresses des deux personnages.

Dans « Variations sur la mort de Trotsky », le révolutionnaire russe revit les dernières heures avant sa mort. S’en suit un dialogue loufoque avec son épouse qui lit sa biographie dans une encyclopédie comme une notice nécrologique.

Dans « Le Drummondville », deux hommes sont attablés au restaurant, victimes d’une boucle inversée. Pour se faire comprendre, ils sont obligés de dire le contraire de ce qu’ils pensent. Et dans « Philip Glass à la boulangerie », un homme et une femme étirent leurs retrouvailles sous fond de comédie musicale.

© Yannick Mcdonald

© Yannick Mcdonald

Avec un tel programme, le spectateur a de quoi être surpris, étourdi et déstabilisé. Variations sur un temps est un concentré comique de mots, de situations et de répétitions. Un cocktail explosif qui n’est pas sans rappeler l’improvisation.

La scène est ainsi prise d’assaut par des comédiens déchaînés qui embrassent la folie de leurs personnages. Leur exubérance n’a d’ailleurs pas de limites, car ils chantent même dans des intermèdes musicaux hauts en couleur.

Émilie Bibeau, Geneviève Schmidt, Anne-Élisabeth Bossé, Mani Soleymanlou, Simon Lacroix et Daniel Parent sont remarquables de justesse. À aucun moment ils ne se déconcentrent, alors que la salle rit aux éclats. Ils livrent une solide performance sur un texte qui demande une grande souplesse dans l’interprétation. Et leur complicité ne fait que renforcer la qualité de leur prestation.

Quant à Éric Jean, il signe une mise en scène originale avec ce décor en forme de casiers scolaires qui comportent bien des surprises. Variations sur un temps est un spectacle rafraîchissant et désopilant pour tout public.

Variations sur un temps
Théâtre Quat’sous jusqu’au 30 octobre
TEXTE : David Ives
TRADUCTION : Maryse Warda
MISE EN SCÈNE : Eric Jean
Avec : Émilie Bibeau, Anne-Élisabeth Bossé, Simon Lacroix, Daniel Parent, Geneviève Schmidt et Mani Soleymanlou

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Passionné, contemplatif, curieux, je suis avide de découvertes et de partage. Dans la rubrique Culture, je vous parle de diversité. Littérature, théâtre, concert ou encore cinéma, les moyens ne manquent pas pour interagir et vous donner le goût de sortir.